Guerre civile

J’ai atterri hier à Mexico, à 18h environ. Dans l’avion, tout était calme. Comme il était moins rempli qu’à l’accoutumée, le voyage avait été tranquille. Seul un bébé geignard perturbait le silence post atterrissage, peut être était-il le seul à réaliser l’horreur qui nous attendait.

Après avoir rejoint notre stationnement, l’agitation commença à monter, chacun récupérant ses bagages dans les compartiments prévus à cet effet et rassemblant les affaires éparpillées pendant le vol. Puis vint l’annonce des autorités locales « Mesdames, messieurs, en raison de l’épidémie, nous vous prions d’enfiler les masques qui vous seront distribués à la sortie de l’appareil et de ne pas vous attarder dans l’aéroport. Merci également de vous prêter aux prélèvements médicaux qui vous seront demandés ». La belle affaire, il faudrait de toute manière passer l’immigration et récupérer les bagages…

Un quart d’heure d’attente plus tard, j’arrivai enfin à la porte de l’avion, suivant mes compagnons d’infortunes vers le sol mexicain. Dehors, nous attendait une colonne de policiers et de médecins, tous arborant le masque bleu censé les préserver de la maladie. Après avoir prélevé un échantillon salivaire à chacun pour le stocker dans leur banque de données, ils nous distribuèrent les masques sus-mentionnés.

Quelques mètres plus loin, une fois la passerelle terminée, nous découvrîmes alors l’ampleur du désastre. Le peu de personnes que l’on pouvait apercevoir étaient soit malades, soit en train d’aider les malades. A ma droite, un père de famille, les yeux rougis par la fatigue, agitait un éventail devant le visage couvert de sueur de sa femme, son teint jaunâtre ne laissant rien présager de bon. Pendant ce temps, leur petite fille dormait à même le sol, agripant un zèbre en chiffon de toutes ses forces.

A ma gauche, une vieille dame en fauteuil roulant toussait péniblement dans un mouchoir en tissu. Un infirmier l’amenait vers une porte d’embarquement quasi désertée. On voyait bien qu’il essayait de se tenir le plus loin possible de la malade.

La tête baissée, retenant chacun de mes souffles, je passais l’immigration plus rapidement que jamais pour me rendre au tapis délivrant les valises. L’attente me paru interminable tant on pouvait lire le désarroi et l’inquiétude dans le regard de tous.

Par manque de chance, mon sac arriva bon dernier, me laissant le temps d’inspirer une bonne dose de miasmes. Un contrôle plus tard, je me retrouvais dans le hall des arrivées où la situation n’était pas plus brillante. Seuls les taxis, fidèles aux postes, continuaient à heller les passants pour leur proposer un trajet « cheap ».

Mais moi, personne ne m’attendait, ma chérie devait très certainement être retenue par les bouchons qui, eux, n’avaient pas disparus. Dix minutes plus tard, elle était là, le visage pâle mais l’air en bonne santé. J’avais cru comprendre que les quartiers centraux n’étaient pas encore autant touchés que les zones pauvres.

Sur le trajet pour rejoindre la Condesa, j’assistais alors à des scènes issues de mauvais films apocalyptiques: poubelles en feu, vitrines éclatées, quelques cadavres gisant au milieu des débris d’une façade écroulée. Oui, je venais bien d’atterrir dans un pays en situation de guerre civile, si j’en doutais encore.

Partout, on pouvait croiser des patrouilles de fédéraux, armés jusqu’aux dents ou tout simplement de policiers aux moustaches patibulaires, matraque électrique à la main.

Arrivés à destination, nous nous dépêchâmes de grimper dans l’appartement et d’en fermer les verrous. C’est de là que je vous écris, après une nuit blanche à écouter pêle mêle la pluie, les sirènes et les coups de feu mais je vais bien, ne vous inquiétez pas, du moins pour l’instant.

PS: depuis le balcon, il me semble avoir vu un cadavre se relever, au coin de la rue…

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8 Responses to “Guerre civile”


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