Chronique du travail ordinaire #6

Au cours de mon initiation professionnelle, on m’a rapidement introduit (en tout bien tout honneur) au traditionnel café ; qui pour moi est un thé, mais passons. Planqué dans un vieux bureau poussiéreux ou vivant au grand jour, les espaces de pause sont en général des lieux propices aux discussions et aux rencontres. C’est là que j’ai fait la connaissance de celui que nous appellerons « Gégé » .

Gégé a connu l’évolution de la fonction publique de la reprographie vers l’informatique moderne. Il se souvient d’ailleurs avec nostalgie des tirages papiers qu’il effectuait pour des milliers de personnes. Il regrette aussi l’époque où on le laissait jouer avec la machine à colle pour fabriquer des blocs-notes maison avec du papier listing inutilisé, la faute à l’évolution des imprimantes.

Gégé est un personnage attachant, breton un peu bourru et brut de décoffrage mais jamais méchant. Il continue à fumer à l’intérieur malgré l’interdiction dans les bureaux vu qu’il vit dans la salle café où c’est encore autorisé (à l’époque). Cette salle, c’est son QG, le seul truc qu’il lui reste en attendant la retraite vu que les RH n’ont pas vraiment su comment faire évoluer un poste qui n’existe plus vraiment.

Du coup, pour s’occuper, il rentabilise son poste de travail comme il peut: en jouant au bon vieux solitaire. Aussi loin que je me souvienne, je vois toujours ouvert sur son écran le fameux jeu de cartes qui tuait la productivité avant que facebook et twitter fassent leur apparition. Plus qu’un passe-temps, c’était presque devenu son boulot (en plus de servir les cafés et de tenir la comptabilité de ces derniers bien sûr).

C’est ainsi qu’un collègue eut une discussion mythique avec lui:

Collègue: Un jour, j’ai tellement joué à Tetris que je rêvais de briques qui tombaient. Et toi ça t’arrive jamais de rêver de cartes avec le temps que tu passes sur le solitaire?
Gégé, super sérieux: Ah moi non! Une fois chez moi, je pense jamais au boulot!

Depuis, il est parti à la retraite, la salle café existe toujours et porte officieusement son nom.

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4 Responses to “Chronique du travail ordinaire #6”

  1. jyrille 7 octobre 2010 at 22:12 #

    Grandiose !

  2. Zok 7 octobre 2010 at 22:23 #

    Effectivement énorme, et il y en a encore tellement !

  3. bintz 8 octobre 2010 at 1:50 #

    Content que ça vous plaise! Ça me fait toujours bien rigoler de ressortir ces vieilles histoires qu’on se raconte… au café.

  4. Vaness 10 octobre 2010 at 15:09 #

    Je suis au regret de t’informer que ton histoire est erronée !! C’était le Freecell, pas le solitaire ! :p

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