Cthulhu – Masques de Nyarlathotep – CR#20

La fin apocalyptique de l’épisode kenyan, un grand moment de la campagne! Autant j’étais un peu déçu de la session précédente, autant celle-ci m’a ravi. Sachant qu’on serait pas mal dans l’action, j’ai tenté de contrebalancer par des descriptions très poussées des lieux et de l’ambiance: la végétation, le climat, les bruits, le ressenti des personnages et tout ce qui pouvait contribuer à rendre l’environnement le plus angoissant possible.

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Autre point important de ce chapitre: la létalité. Connaissant mes joueurs, je me doutais qu’ils iraient jusqu’au coeur de la Montagne et je savais qu’il risquait d’en découler un 100% de perte. Pas très fun, surtout à ce stade de la campagne… J’ai donc fait plusieurs choix:

  • Lors du scénar précédent, je leur avais indiqué que la naissance du rejeton aurait lieu au solstice, cela leur laissait le choix de se dépêcher ou au contraire d’attendre, ils ont choisi de foncer.
  • Par conséquent, le nombre d’adorateurs présents est limité par rapport aux milliers prévus pour l’avènement, réduisant d’autant les risques de se faire massacrer sur un malentendu.
  • Ceci pris en compte, le rejeton est censé invoquer son papa illico presto s’il ne prend pas un headshot… avec ses 20-30pv, c’est juste mission impossible et je vois mal comment les personnages pourraient en réchapper, j’ai complètement zappé cette phase même si j’ai un moment envisagé de le faire apparaître brièvement, une sorte d’invocation inachevée mais une perte générale de SAN à 1D100 peut avoir des effets aussi catastrophiques qu’un massacre en règle.
  •   Pour qu’ils aient quand même une opposition intéressante, je leur ai tendu quelques perches pendant leur randonnée pour qu’ils déclenchent certains combats mais ils sont restés sages, ils n’ont toutefois pas coupé à deux rencontres avec des gardes d’élite de M’Weru qui les ont affaibli juste comme il faut.
  • Pour le final, j’ai prévu trois choses:
    • qu’ils trouvent Hypathia, uniquement gardée par le léopard entraperçu au scénar précédent (étais-ce bien le même? :) ) mais que le rejeton se défendent aussi lui même après que sa génitrice se soit fait exploser le chou-fleur, à base de tempête de tentacules et mucus corrosif: un grand moment quand Cardiggan a voulu foncer sur la créature avec son couteau avant de se rendre compte qu’un seul effleurement lui avait gravement brûlé le bras.
    • que M’Weru débarque en toute fin de combat contre le rejeton et le léopard pour en remettre une couche avec sa garde rapprochée.
    • que la mort de M’Weru déclenche un déferlement d’énergie venant de l’autel (sa puissance n’étant plus contenue) ayant pour conséquence l’explosion de la Montagne et une fuite effrénée vers la sortie.

Bilan des courses, je suis satisfait du rythme et du dosage de la difficulté. Il y a fatalement eu du dégât mais ils s’en sont bien sortis et je pense que tout le monde a accroché. Même si le Kenya est pour ainsi dire terminé, il leur reste à panser leur plaie mais cela risque de ne pas être si tranquille que ça, to be continued!

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Accouchement, Sang, Douleur!

1. Présentation

Session de jeu #20:

Jeudi 8 janvier 2015

Investigateurs physiquement présents :
Edward Green, explorateur
Elliot Thompson, homme de main
Shaun Harland, collectionneur d’art

Investigateurs skypement présents :
Charles R.R Bapkins, détective consei
Max Cardiggan, reporter sans frontière

Personnages présentement non-joueur :
Sam Mariga, guide

Vous trouverez ci-après le compte rendu des événements par Edward Green.

2. Événements

7 mai 1925, en fin d’après midi

Nous venons de traverser la Lande stérile. Je suis content de quitter cet endroit que la vie elle-même semble avoir abandonné. Même la pourriture, si propice à la vie habituellement, semble morte et inerte. Au détour d’une crête se dresse devant nous un immense pic: la Montagne du Vent Noir, notre ultime objectif.

L’observation de la région aux jumelles ne nous permet pas de détecter de signe de vie pour le moment. Nous décidons de faire halte pour la nuit dans une petite dépression se nichant entre les buissons. Nous y serons à l’abri des regards.

La végétation m’inquiète. Tout ici semble malade, tordu, surnaturel. Je ne comprends pas le mal qui ronge ces plantes. C’est certainement encore une magie noire qui est à l’oeuvre. Il y a à peine quelques mois, une telle pensée m’aurait fait sourire : “Allez Green, ça n’existe pas la magie, c’est simplement que tu ne comprends pas”. Aujourd’hui, j’en frissonne, aujourd’hui, je sais.

Nous nous installons pour dormir. Pas de feu ce soir. Nous organisons des tours de garde et je sombre dans un sommeil agité après mon tour.

8 mai 1925, au petit matin

Le jour se lève. J’ai l’impression de ne pas avoir dormi, d’avoir rêvé éveillé, enfin… cauchemardé éveillé. Pourtant, je n’ai rien entendu de particulier mais Cardiggan et Bapkins nous racontent que des feux de camp ont été aperçus au pied de la montagne et que deux hommes noirs sont passés sur le chemin dans la nuit, sans lumière. Ils ont préféré les laisser s’éloigner sans agir.

Je rumine intérieurement : si j’avais été éveillé, j’aurais pris un réel plaisir à leur faire péter la pastèque à ces nègres. Me rendant compte de mes pensées, je frissonne encore. Je dois raisonner cette envie de violence et de vengeance.

Cardiggan et Bapkins nous expliquent qu’ils ont aussi entendu un grand cri strident dans la nuit. Si nous avions connaissance des cris que poussaient les dinosaures, ils seraient certainement très proches de celui-ci.

Cette présence détectée dans la nuit nous secoue : il nous faut un plan. On avance, on avance, mais pour quoi faire? Réfléchir me fatigue. J’ai envie d’agir. Atkinson me manque dans ces moments. Il savait prendre des décisions, on l’écoutait. Ce temps là me paraît si lointain…

Je propose de former un groupe de quatre qui se déplacera sur le chemin, équipé des pendentifs volés aux cultistes du Pharaon Noir. Bapkins et moi serons à quelques dizaines de mètres, cachés par les buissons. Cela freinera notre progression, mais nous pourrons protéger le groupe par des feux croisés en cas de rencontre malsaine.

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En nous approchant, nous commençons à apercevoir de l’activité au pied de la montagne. Un camp est installé au pied, une grotte semble accessible bien au dessus de ce camp. Nous réfléchissons encore et mangeons pour prendre le temps d’observer.

L’activité du camp est “normale”. Il nous semble reconnaître plusieurs ethnies africaines, des hommes, des femmes… et même deux hommes blancs! Des huttes éparses et rudimentaires hébergent approximativement une cinquantaine de personnes.

Nous avançons encore vers le camp et une odeur abjecte de pourriture se fait sentir. Au détour d’un chemin, une tête humaine toute pourrie est plantée sur un pieu. Je panique intérieurement. Où va-t-on encore !?! Quelles folies allons nous découvrir là bas ? Il y a tant de camarades à venger désormais, mais tant de folies à affronter.

Notre route reprend. Nous sommes suffisamment près pour entendre les voix des “villageois” – je ne trouve pas de terme approprié pour décrire sereinement les habitants de cet asile.
Des tambours commencent à se faire entendre. Encore ces frissons qui parcourent mon échine. Des chants oppressants accompagnent les tambours. Harland nous explique qu’il comprend quelques mot et qu’ils parlent de l’arrivée du Dieu Noir. Au moins, nous sommes à la bonne adresse.

Ma plaisanterie intérieure est vite douchée par l’arrivée de trois hommes, au loin, sur le sentier. Nous hésitons sur la marche à suivre et décidons de nous cacher. Le grand astre disparaît à l’ouest. Absorbé par les trois hommes, j’ai l’impression d’apercevoir du coin de l’oeil une grande créature vermiforme ailée. Je préfère ne pas y croire. Le souvenir de ces deux créatures encadrant le Pharaon Noir dans la pyramide m’est insupportable.

Les trois hommes passent. ils portent de grands sacs de jute et se dirigent vers le “village”. Harland pense que ce sont des nandis, ethnie parlant le kalenjin, la langue des coureurs à pied. Cette érudition me laisse pantois.

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Les chants et danses sont de plus en plus passionnés. Les villageois se tournent vers la grotte où il nous semble apercevoir une ombre devant les braseros qui illuminent faiblement l’entrée. Il nous semble évident que ce sera notre objectif. Les litanies portent un refrain récurrent qui revient en boucle : “Nyar shtan Nyar gashanna”. A leur souhait, pense-je. Encore une plaisanterie intérieure pour m’empêcher de sombrer dans la mélancolie et la folie.

Le plan est fixé : nous traverserons le village de nuit en avalant une bonne goulée du liquide confié par le vieux Bundari. S’il a dit vrai, cette préparation nous permettra de nous déplacer dans l’ombre de nos ennemis. Encore de la supposée magie, et pourtant, mon esprit pragmatique veut y croire.

Nous buvons. Enfin, les autres boivent car je n’ai pas le courage de le faire en même temps qu’eux. Je vois leur visage trahir de fortes crampes intérieures lorsque, tout à coup, ils disparaissent. La potion fonctionne! Je bois. Je ressens une forte brûlure en mon sein. Il me semble que je disparais lorsqu’une sorte de porte se présente à moi et me traverse. Je vois alors mes comparses réapparaître. Je vois mes mains, mais celles-ci semblent manquer de consistance. Elle ne sont pas vraiment translucides, mais il me semble que je peux voir au travers lorsque je les déplace. La sensation est très dérangeante.

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Nous traversons le camp avec succès en faisant le plus possible abstraction de l’abjecte sauterie organisée par les habitants. Sur de gros pieux, nous apercevons, gravés, les signes qui ont été tracés sur le front d’Elias à sa mort. Sans regarder en arrière, nous entrons dans une forêt sombre et cherchons activement le sentier qui mène à la grotte.

Nous réapparaissons au bout d’une vingtaine de minutes. Les effets de la potion sont terminés et nous décidons de monter un camp sommaire, l’ascension de nuit serait bien trop périlleuse.

Un cri déchire la nuit. Ce cri, je l’ai déjà entendu. Il n’est pas du tout sorti du crétacé comme le pensaient Cardiggan ou Bapkins la nuit dernière. C’est un cri que j’ai entendu dans la pyramide incliné. Il était poussé par un de ces immondes vers ailés. Je n’avais donc pas rêvé hier soir. J’aurais préféré.

9 mai 1925, avant l’aube

Il n’a pas été possible de se reposer. L’ambiance de la forêt, ses ombres, ses bruits… ces ombres, ces bruits… Les tambours se sont tus vers trois heures et une brume est apparue dans le cirque au pied de la montagne.

Nous levons le camp. Nous sommes tous fatigués. La faim et la soif nous tiraillent car nous sommes partis avec le minimum vital. Il nous faut avancer.

Malgré la brume, nous trouvons le chemin de la grotte. Des ossements décorent joliment le bord du chemin. Je me dis que ces cultistes ont toujours beaucoup de mal à trouver des décorations originales. Encore de l’humour intérieur. Encore des frayeurs inavouées. Les roches au bord du chemin sont déchirées et déchiquetées par le vent et les intempéries mais prennent des formes tout sauf naturelles.

La brume est désagréable et un fort vent semble nous susurrer des mots à l’oreille. “Jette-toi” semble-t-il me dire. Du coin de l’oeil, je crois apercevoir un félin dans la brume. Encore une vision et des sons que je préfère ignorer. Je souhaiterais être fou et imaginer toutes ces choses. Je sais, malheureusement. Je sais que je ne suis pas fou.

Nous entendons des voix humaines dans la brume. Harland et Thompson restent sur le chemin mais nous autres, nous disparaissons dans les rochers. Je dégaine mon fusil et le pointe vers ces deux immenses noirs qui approchent.

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Harland approche bêtement pour parlementer, mais les deux hommes ne sont pas aussi niais qu’ils sont grands, et sortent leurs armes. Je vois disparaître Thompson qui a dû boire de la potion.

Je m’apprête à éteindre l’un des hommes à coup de fusil lorsque notre petit caméléon en cage est libéré par Bapkins. “Celui” se met à grandir, grandir, grandir. Jamais je n’avais vu un animal aussi immense! Il avale les deux ennemis en deux coups de langues, ignorant heureusement le pauvre Harland recroquevillé au sol, et disparaît dans la brume.

J’ai l’impression d’être dans un rêve. Je souhaiterais être dans un rêve. Bapkins me secoue, mais ne me réveille pas. Je ne dormais pas, malheureusement. Je suis sous le choc et je ne suis pas le seul. le groupe a du mal à se remettre en route.

Au coeur de la Montagne

Nous continuons notre chemin, silencieux et anxieux, et nous trouvons l’entrée d’une caverne. Le conduit est trop rond pour être naturel, mais il impossible que des humains ou une créature aient creusé une telle chose. Le sol est entièrement recouvert d’ossements.

Cardiggan part en éclaireur pour observer une pièce où nous percevons la lumière de petits braseros. Il revient nous faire une description : deux colosses encadrent un trône au pied d’une ignoble statue de trois mètres de haut. Il tremble encore en décrivant l’anormalité de la créature symbolisée par cette statue et les tentacules, griffes, pattes et bouches qui l’ornent.

langue-sanglante

Il n’a pas pu voir l’ensemble de la pièce et propose de boire à nouveau de la potion pour poursuivre l’exploration, l’idée ne me plaît pas beaucoup mais s’il s’en sent capable… La discrétion n’est pas mon meilleur allié, mais Cardiggan semble bien s’en sortir. Il boit et s’éclipse.

Nous entendons des bruits dans la pièce. Je me dis que les choses ont dû mal tourner et décide d’aller jeter un oeil, fusil épaulé. Malgré ma prudence, de petits ossements craquent sous mes pieds. Je glisse un regard et… argh! Une sagaie viens me déchirer l’abdomen et ripe sur mes côtes. Je suis en vie! Bapkins tire sur mon agresseur et le touche de plein fouet. Je tire… à côté! Comment puis-je rater ça? J’entends l’arme de Bapkins qui s’enraye. L’homme sort une pranga immense et s’approche. Je panique, mais je m’applique et lui porte un tir fatal.

Je me jette dans la pièce et vois Cardiggan en train d’étrangler le second colosse. Comment a-t-il pu oser s’attaquer à mains nues à un homme pareil?

Dans la pièce, je découvre 4 grandes cages métalliques. Une dizaine de prisonniers au seuil de la mort y gisent. Ils sont décharnés, déformés par la malnutrition et les sévices subis. Il me font beaucoup de peine. Il y a même un blanc. L’homme nous donne son nom et son origine, mais je n’y prête pas attention, je viens de m’apercevoir qu’il y a des enfants parmi eux. Ces cultistes sont ignobles.

Nous leur donnons les restes d’un repas qui traîne sur une grande table et que les mouches n’ont pas encore gâté, leur expliquons que nous les libérerons plus tard et inspectons la pièce. Nous trouvons un chronomètre maritime. Il doit certainement permettre de synchroniser les cérémonies. Nous décidons de décaler l’heure et de le reposer.

Un nouveau tunnel s’ouvre derrière la statue. Je comprends la difficulté de Cardiggan pour nous décrire la statue. Comment peut-on imaginer une telle créature? Quel esprit est assez fou et déformé pour lui donner un semblant de réalité et en réaliser une statue?

Ma plaie à la poitrine a été vaguement soignée. Le sang ne coule plus librement mais s’agglutine sur le bandage improvisé. Il faudra que je surveille cette vilaine plaie qui me gêne.

Nous entrons dans le tunnel, Sam Mariga restant en retrait avec les prisonniers pour nous éviter d’être pris à revers.

Dans l’antre du mal

La roche qui nous entoure est très noire et décorée de nombreux signes. Des corps momifiés ont été placées dans des alcôves latérales. “Petit signe d’originalité dans la déco pour une fois… les corps momifiés, nous n’avions pas encore vu, même en Egypte” me dis-je intérieurement en tentant de me rassurer.

Nous parcourons une importante distance. J’ai la désagréable sensation de revivre la progression dans la Pyramide inclinée, avant la rencontre avec le Pharaon Noir. J’ai l’impression d’être dans une autre dimension, un autre espace, un autre temps.

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Une grande ouverture se dessine devant nous. Cardiggan retourne en éclaireur prendre des informations. Nous entendons des gémissements. Tout le monde suit Cardiggan à distance. Nous entrons nous aussi dans la pièce. Elle est immense et très haute. De grandes colonnes montent jusqu’à un plafond surréaliste. Ces colonnes semblent osciller, s’écarter les unes des autres mais sans réellement bouger. C’est plus une sensation qu’un réel constat. Des anneaux métalliques fixés à leur base laissent imaginer de drôles de méthodes d’écartèlement…

Un autel noir veiné d’une étrange roche bleutée se tient au centre de la pièce près de 3 grandes fosses dont nous préférons ne pas nous approcher. Il émane de l’autel quelque chose de fondamentalement mauvais.

Les gémissements proviennent d’un trône au fond de la pièce. Nous entendons plus précisément :
“Raul ? C’est toi mon amour ?” demande une voix étouffée.
“Oui chérie” répond Cardiggan.
“Viens voir notre enfant, cela fait si longtemps que tu n’es pas venu…”

Je m’aperçois avec horreur, que cette femme est Hypathia Masters! Elle est enceinte… encore et toujours enceinte. Je crains de savoir ce qu’elle porte en elle depuis toutes ces années. Elle est totalement déformée. Son ventre est immense, ses membres tordus et atrophiés, sous sa peau quasi-translucide on devine les humeurs noires parcourant ses veines. Son attitude avachie amplifie sa monstruosité. Un léopard aux yeux vert émeraude est couché à ses pieds et se met à feuler à l’approche de Cardiggan.

Tout à coup, cette vision semble paniquer mes camarades. Je ne réfléchis pas trop aux implications de tout ça. Mon objectif est clair, mon esprit est clair : il faut abattre ces monstres.

Je garde peu de souvenirs exactes la scène. Je sais que j’ai usé de mon arme, j’ai vu des camarades fuir, d’autres se battre, j’ai entendu des rugissements et des coups de feu. Tout a été très vite.

Lorsque le léopard, Hypathia et son rejeton ont été éliminés, j’ai réalisé que Bapkins était à terre, sévèrement blessé. Non ! pas Bapkins. Il est avec moi depuis le début de cette… je ne trouve pas d’adjectif… de cette aventure.

Je vois que Cardiggan tente sans succès de le soigner alors que lui-même semble grièvement blessé, comme brûlé à l’acide. Bapkins rend son dernier souffle. Encore une tragique disparition. La vie est trop fragile.

Nous avons à peine le temps de reprendre nos esprits qu’une sorte de courant d’air fétide se fait sentir en provenance de l’entrée d’où Sam Mariga accompagné de Thompson débouchent en courant: “Elle arrive, préparez vous!” nous crient-t-ils. C’est alors qu’une femme noire magnifique entre dans la pièce entourée de deux colosses, sa beauté magnétique et animale, presque surnaturelle, me fait douter un instant.

Mais l’adrénaline emplit mes veines et je me jette derrière une colonne, ajustant mon tir, pressant la détente, jouant avec la culasse, éjectant la douille, ré-ajustant mon tir, etc.

Je ne comprends pas réellement ce qu’il se passe. Nos tirs auraient dû tous atteindre la sorcière, mais elle semble les éviter, les absorber. Je ne sais pas trop. Je l’ai vu psalmodier, faire des gestes absurdes, sussurrer dans une langue étrange. Pendant ce temps, ses hommes sont aux prises avec mes camarades, j’entends des coups de feu, des gémissements, d’amis ou d’ennemis?

En tout cas, je sais que l’un de mes tirs a fait mouche, la prêtresse est partie en enfer rejoindre ses acolytes, une balle dans la tête.

Quand tout est terminé, quand les colosses sont neutralisés, Cardiggan est à terre et souffre d’une morsure de mamba, le serpent a semble-t-il surgit d’une des fosses pour le mordre. Un sacré gaillard ce Cardiggan. N’importe quel bonhomme, et moi le premier, aurait été terrassé en quelques secondes. Lui a eu assez de sang froid pour brûler la plaie et tenter de contenir l’action du venin.

Fuite effrénée

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Un dernier regard sur le corps inerte de Bapkins, une boule qui monte à la gorge, des yeux qui se mettent à piquer. Je n’ai pas le temps pour la mélancolie. L’autel se met à pulser, à se fissurer, comme si le coeur de la Montagne se réveillait pour relâcher ses miasmes putrides à la face du monde. Tout se met à trembler autour de nous. Nous fuyons, libérons les prisonniers, aidons l’un des enfants en le portant.

Rejoindre la sortie aurait pu être un soulagement, mais un ver ailé tournoie dans le ciel, la montagne vibre, tremble, éructe. Nous descendons au plus vite le sentier vers la forêt et le campement. Nous sommes fatigués et abattus mais il faut avancer. Ma plaie me tiraille lorsque je respire profondément. Il est facile de se cogner et se blesser encore un peu plus.

Sur les conseils de Sam Mariga, nous faisons une pause forcée pour tenter de trouver des plantes permettant de soulager Cardiggan des effets du venin, mais sa situation se dégrade à vue d’oeil. Nous repartons, contournons les cultistes affolés et remontons vers le col.

Soudainement, une détonation, comme si la Montagne derrière nous venait d’exploser. Une épaisse fumée noire envahit le cirque à nos pieds et remonte vers nous. Nous décampons. Un sourire complètement inapproprié monte à mes lèvres quand je pense aux dommages que cela a dû causer.

Alors que nous redescendons péniblement vers la Lande Stérile, nous nous apercevons sans aucun plaisir, que le relais de chasse et ses tenanciers seront peut-être notre salut et celui de notre ami Cardiggan.

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  1. Cthulhu – Masques de Nyarlathotep – CR#21 | bintz.fr - 17 mars 2015

    [...] Après un des scénars les plus épiques de la campagne, les investigateurs méritaient un peu de repos mais je ne pouvais pas laisser retomber la pression d’un coup d’un seul. [...]

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