Cthulhu – Oripeaux du Roi #8 – Carcosa

Chers lecteurs, il est temps de visiter Carcosa au cours du final de ce premier acte. Les autres joueurs et moi même n’avions aucune idée que ce scénar était si important, notre gentil MJ avait juste demandé à ce que la session soit jouée en chair et en tentacules et non pas via skype. Cela présageait évidemment quelque chose de gros et honnêtement, quand on a rangé les feuilles de perso, je me suis demandé si ce n’était pas la fin de la campagne!

Un point important pour comprendre ce CR: Paul Watkins, l’antiquaire, est mentalement atteint à ce stade de l’aventure. Le MJ nous a contacté avant la session pour qu’on définisse ensemble (sans le joueur de Paul), comment la folie affecterait le personnage. Après tout un tas de propositions plus ou moins farfelues, nous avons décidé que Paul n’était pas Paul, qu’il était en fait une vieille dame, la mère de Paul: Asenath. Le profil introverti de l’antiquaire collait bien avec cette option: le vrai Paul est mort il y a longtemps dans des circonstances tragiques et sa vieille mère ne s’en est jamais remise, elle se prend donc parfois pour son fils, cela s’est accentué avec l’exposition aux événements dérangeants de 1928. Cela a donné quelques scènes de roleplay assez savoureuses quand nous avons commencé à nous adresser à lui au féminin et à lui demander de faire attention car ce genre d’activité n’était pas « de son âge ».

Le joueur a commencé à voir le truc venir et a parfaitement joué le jeu, surtout lorsque Talbot Estus est venu lui proposer un dîner romantique pour parler bouquins et plus si affinités. Bref, un grand moment!

Carcosa

Session de jeu #8 :
Date : Mercredi 24 septembre 2016
Lieu : Toulouse chez McAllister

Investigateurs présents:
Allistair McAllister, juge
Dr. Marcus Olivenstein, psychiatre
Asenath Watkins, antiquaire
Vincent Tuck, détective privé

Londres sous la neige

Evénements

Alors que plusieurs mois ont passé, je me remémore les expériences douloureuses ayant marqué ma vie de manière indélébile. Si j’avais su qu’à l’issue de cet hiver 1928-1929, j’en serais où j’en suis aujourd’hui, aurais-je fait les mêmes choix? Aurais-je choisi d’occulter certaines vérités comme je me suis efforcé de le faire jusqu’aux premiers jours de décembre? Je ne sais pas… je ne suis plus sûr de rien.

Mais allez, j’ai l’impression que le boeuf est fini, je peux bien te raconter tout ça si tu as du temps à perdre…

Samedi 24 novembre 1928

Tu te souviens sûrement de ce que je te racontais la dernière fois, ma fille avait été enlevée par des voyous et mes amis et moi même avions réussi à la libérer de ce bouge de l’East End.

En sortant de là, nous amenons Olivenstein à l’hôpital mais il a la peau dure et le docteur Wilcox est plutôt optimiste concernant sa rémission. Il doit mettre à profit les jours qui le séparent de l’audience de Roby, le 29 novembre prochain.

Pendant ce temps, je cuisine ma fille qui raconte qu’en partant chez sa tante, elle a été accostée par un gentleman et après, c’est le flou jusqu’à la cage dans laquelle nous l’avons retrouvée… Sûrement les effets de l’éther. Je décide de l’écarter de nouveau de Londres en l’envoyant avec sa mère chez sa grand-mère, mon clerc se portera garant de sa sécurité, il ne m’est de toute manière plus utile ici.

Le doc, de son côté, reçoit la visite de sa secrétaire qui lui amène du courrier pendant que Tuck monte la garde. La lettre, signée d’un mystérieux Gresty, sème le trouble dans nos esprits, il semblerait que ces individus peu recommandables se tirent dans les pattes entre eux.

25 novembre

Le lendemain, rien de spécial dans les journaux. J’en profite pour rechercher l’inspecteur Perkins dans l’annuaire et arrive à le convaincre de me transmettre régulièrement des informations sous réserve que ce ne soit pas lié à White Chapel et que je sois extrêmement discret, je lui demande de faire des recherches sur Gresty et Edwards. L’homme a l’air craintif à l’idée de collaborer avec moi, les pressions semblent venir de très haut.

26 novembre

Olivenstein a le feu vert pour sortir de l’hôpital en fauteuil roulant mais sitôt la porte de ma demeure franchie, il souhaite se lever et jouer de son horrible violon. J’arrive à le convaincre que je ne sais pas où il est. Je veux bien l’aider à se remettre mais mes oreilles ne survivront pas à des journées entières de crincrin. Tu dois te souvenir à quel point il joue mal non?

Plus tard, Talbot Estus se présente à la boutique de Watkins pour refaire l’échange de livres, il précise qu’il a trouvé celui de Nostradamus une prédiction annonçant la fin du monde pour la saint Sylvestre. Coïncidence ou funeste présage?

Perkins a mené les recherches demandées mais elles ont été infructueuses, aucune trace de ces bougres.

Le soir, Estus vient pour Asenath (Watkins) qui ne comprend pas ses avances et s’enferme dans sa boutique jusqu’à ce que Tuck revienne, il n’arrive pas à la convaincre puis m’appelle, elle nie la réalité et pense être un trentenaire prénommé Paul. Pourrait-ce être le fils perdu qu’elle évoque à demi-mot parfois? Ou est-ce la sénilité qui guette notre vieille amie?

Nous décidons de la ramener chez moi et Olivenstein, après une séance d’hypnose, la diagnostique hystérique avant de lui prescrire lithium pour la nuit et cocaïne en journée afin d’atténuer ses délires paranoïaques. Faut-il continuer à la garder parmi nous compte tenu des risques que nous prenons dans cette enquête? Je pense malgré tout que oui car ses connaissances littéraires nous sont précieuses depuis plusieurs semaines, tant pis pour les conséquences.

27 novembre

Le courrier reçu par Olivenstein mentionnait Bacon et une opportunité de le voir sortir de chez lui, à la pleine lune. N’étant pas bien rassurés par le bonhomme, Tuck arrive à embaucher deux dockers peu regardant sur l’origine de leur salaire. Je les accompagne avec le détective pour vérifier qu’ils passent bien notre homme à tabac.

Regent's canal

Regent’s canal

Vers minuit Bacon quitte sa demeure, c’est un colosse, il reprend le même chemin que Tuck l’avait déjà vu prendre, les dockers le prennent à partie mais il semble anormalement fort. Tuck lui loge une balle dans la tête mais c’est sans effet! Je te jure mon gars, j’étais là et même s’il faisait nuit, la balle s’est logée dans son crâne sans l’ombre d’un doute. Alors je veux bien essayer de me convaincre que les bêtes de Springer Mounds étaient de gros sangliers et que celles de la chapelle étaient de grands oiseaux mais là, aucun doute: cet “homme” a survécu, comme si de rien n’était, à un pruneau qui aurait dû lui faire sauter la cervelle!

C’est alors que ses mains se sont transformées en serpents. Je promets que je n’avais rien bu! A l’époque j’avais pour habitude de rester sobre, surtout dans ce genre de situations. Toujours est-il que les dockers ont réussi à le pousser vers le bord du quai et, alors qu’il tombait dans l’eau gelée, les serpents se sont enroulés autour d’eux et ils ont disparu avec lui sans laisser de trace dans la nuit glaciale. Paix à leur âme…

Reprenant nos esprits, Tuck et moi sommes partis illico presto chez notre homme avec la crainte de le trouver derrière la porte, comme si de rien n’était. Heureusement, pas de signe de vie au rez-de-chaussée. L’étage s’avère plus intéressant avec une énorme bibliothèque puis, encore plus haut, deux portes fermées. La première donne sur une chambre avec un coffre contenant une grand robe noire (la spirale est brodée très discrètement en fil d’argent) et un masque sans visage blanc, la deuxième donne sur une sorte de bureau où nous chapardons un gros bouquin, le Codex Turner et une clochette en argent couverte de runes étranges.

Alors que nous nous dirigeons vers la sortie, du remue ménage se fait entendre de ce qui doit être la cave. Nous ne demandons pas notre reste, surtout vu la soirée que nous venons de passer et nous décampons en vitesse.

28 novembre

Après avoir raconté nos mésaventures à nos amis, nous décidons collégialement de prendre nos dispositions pour ne plus habiter chez moi à notre retour, ce n’est pas sûr. Après avoir empaqueté le plus important, nous réservons un hôtel en proche banlieue

L’après-midi, nous prenons le train pour Herefordshire afin de retrouver Grahame Roby au Green Dragon. Asenath en profite pour commencer la lecture du codex Turner qui est la transcription de tablettes de cuivre hiéroglyphiques découvertes au Guatemala en 1902. Elle y découvre la prière gravée sur les monolithes de Springer Mounds, pas besoin d’être devin pour comprendre ce qui s’est passé là bas.

Au-delà de la lecture, nous en profitons pour nous reposer car je te laisse imaginer dans quel état on était mon gars.

Le soir, Highsmith arrive également à l’hôtel, il débat longuement avec Olivenstein du cas d’Alexander et notre ami arrive à le convaincre de le garder à l’asile au moins 6 mois de plus, après lesquels son état sera de nouveau analysé.

29 novembre

L’audience a lieu en début d’après-midi et nos démarches ont porté leurs fruits puisque tous les partis appuient le fait qu’Alexander reste enfermé.

Après l’audience, Highsmith accepte que nous l’accompagnons sur place pour voir Alexander mais lorsque nous arrivons, la police est sur place car notre homme vient d’être assassiné! Tu le crois ça? Des semaines entières à essayer de comprendre et le jour même, le bonhomme meurt? Le commissaire Wallace Rees, en charge de l’affaire, connaît déjà Olivenstein pour l’avoir rencontré quelques semaines plus tôt, il nous mène sur le lieu du crime.

L'asile Sainte Agnès

L’asile Sainte Agnès

Le corps a été retrouvé dans la cellule, la porte était ouverte, un couteau a été retrouvé dans le chambre d’Harriwell qui était sous camisole, 2 infirmiers ont disparu ainsi qu’une voiture. Il y a énormément de sang et le visage est méconnaissable.

Tu vois toi aussi ce qui se trame? Bien sûr que tu vois, tu as toujours été perspicace. Un visage méconnaissable, c’est rarement un bon signe. J’ai travaillé sur suffisamment d’affaires pour ne pas me laisser berner par ce genre d’artifices. Je prends Tuck à part et nous filons à l’adresse des deux infirmiers, Thomas Clark et Michael Evans, pendant que les autres restent sur place.

Olivenstein interroge Harriwell qui raconte complètement paniqué que le diable est revenu, couvert de sang, pour Roby. Le diable a demandé à Alexander quand il recommencerait à rêver, Alexander a répondu que sept jours, puis le diable a enlevé la camisole et parlé de 7 jours pour son oeuvre et cinq pour la sienne.

Chez Evans, nous trouvons deux lettres fraîchement déposées par le facteur. Une facture d’un tailleur et l’autre du british museum et adressée à Montague Edwards. C’est une demande de prolongation de carte de lecture. Edwards! Après l’avoir cherché sans relâche le voilà qui nous tombe droit dans les bras! Dans le cottage c’est un véritable bordel mais il est clair qu’il vivait seul. Selon toute logique, il est parti précipitamment. Un fait bizarre attire notre attention, le sol de la salle de bain est spongieux et recouvert d’une substance écoeurante semblable à du sang à peine coagulé.

Clark habitait seul également et avait la même stature que Robby mais rien ne permet de le soupçonner, ce doit être lui la véritable victime comme tu t’en doutes.

Nous choisissons de passer chez Highsmith par acquis de conscience au cas où quelque chose nous permettrait de l’incriminer en tant que complice mais le docteur a l’air honorable à tout point de vue.

A l’asile, Watkins suggère à Highsmith de prévenir Grahame de la situation afin de confirmer nos soupçons concernant la dangerosité d’Alexander.

Côté Evans, nous tentons de croiser son emploi du temps avec le calendrier lunaire, ses jours de repos ou quelque chose que ce soit mais rien ne permet d’en tirer des conclusions.

30 novembre

Nous rentrons à Londres dans la journée et Asenath en profite pour continuer ses lectures. Elle nous explique qu’il est fait mention d’une divinité nommée Tezchaptl dont nous n’avons jamais entendu parler auparavant.

Avant de nous installer à l’hôtel, j’insiste pour passer devant chez moi pour voir si quelqu’un est entré par effraction mais apparemment, rien à signaler. Tout de même, on n’est jamais trop prudent, surtout vu le contexte.

Au British Museum, nous cherchons à savoir ce qu’Edwards a emprunté, mais il n’a rien pris depuis 2 ans, il était à l’école des beaux arts de Slade, aucun bouquin notable emprunté.

A Slade, nous sommes reçus par Randolf Schab qui se souvient d’Edwards comme un artiste prometteur mais insensible à toute influence. Il a étudié entre 1905 et 1907 avant de disparaître. Il était fermé, protégeant sa vie privée à l’excès. Il aurait seulement montré de l’intérêt à propos d’une expédition dans des mines saxonnes, entre autres à Springer Mounds. Quelle coïncidence…

Début décembre

Nous profitons du début du mois et de notre planque pour reprendre des forces. Nous passons tout de même, de manière aléatoire, à nos bureaux respectifs au cas où.

Bien nous en prend car Olivenstein a reçu une nouvelle lettre de ce mystérieux Gresty qui nous félicite d’avoir mis Bacon hors jeu. Doit-on vraiment s’en réjouir? Se débarrasser d’un démon pour en arranger un autre est-ce une noble cause d’après toi? Je me pose toujours la question… Toujours est-il que nous n’entendrons plus jamais parler de lui après ça.

Nos contacts avec Grahame Roby confirment que nous avons gagné un allié mais que peut-il maintenant? Oui, je sais, je te pose plein de question mais j’avoue que même après des mois à tourner dans ma tête tous les événements, je crois que personne ne peut dimensionner ce qui nous est arrivé. Qu’en penses-tu?

Nous effectuons quelques recherches infructueuses sur Nug, un nom revenant dans certains documents.

Côté officiel, une enquête a bien été ouverte concernant Edwards/Alexander mais impossible d’en connaître l’avancement.

Asenath, quant à elle, est recontactée par Delia. La jeune femme a reçu une lettre de Roby! Alexander lui demande de le rejoindre chez Edwards en Ecosse au Loch Mullardoch. Le ton est pressant et nous mesurons bien l’urgence: nous organisons notre départ immédiatement.

9 décembre

Notre train part pour Inverness sous la neige qui redouble d’intensité comme pour mieux nous décourager. Dans un autre compartiment, je remarque un homme qui joue avec un sifflet parfaitement identique à celui de Roby, mais il ne nous a pas repéré.

En fin d’après-midi, nous sommes arrêtés à cause de la neige et nous en profitons pour passer l’étranger à tabac. Selon ses papiers, notre homme s’appelle Henry Lister et vit à Manchester. On donne son sifflet à Asenath et, voyant qu’on ne peut rien en tirer, on le jette par la fenêtre quand le train repart dans la nuit. Cette affaire m’oblige vraiment à faire de drôles de compromis avec ce en quoi je crois…

10 décembre

Nous arrivons à Inverness en début d’aprem, avec presqu’un jour de retard. Notre premier réflexe est de contacter les forces de l’ordre. Ici, je ne suis plus le juge déshonoré, je suis un digne représentant de la justice. L’inspecteur Undercliff est sensible à notre discours et accepte de nous prêter main forte avec cinq de ses agents.

Malheureusement, le poste de police ne dispose que d’un véhicule et nous sommes obligés d’en louer un pour pouvoir nous déplacer avec eux. C’est McKey qui nous en propose un tout en nous expliquant qu’il a déjà loué deux voitures à Edwards, il y a plusieurs jours de cela.

Nous prenons la route sous la neige, je conduis notre voiture et Olivenstein monte avec nos nouveaux alliés pour leur expliquer l’objectif sans en dire trop.

Nous passons par Cannich, dernier village avant le Loch Mullardoch où quelques maisons éparses se pressent autour d’une petite auberge, on ne s’y arrête pas pour arriver au plus vite sur place.

Alors que nous arrivons au sommet d’une colline, nous voyons se dessiner en contrebas le Loch que nous cherchons mais pas de trace de la maison. Nous remarquons toutefois que les arbres sont tous penchés vers le lac et la température est sibérienne.

Loch Mullardoch

Loch Mullardoch

La progression est rendue difficile par les conditions extrêmes dans lesquelles nous évoluons et, après avoir manqué de quitter la route plusieurs fois, nous finissons par mettre les deux voitures en travers. Il est temps de continuer à pieds et de braver les éléments. Avant de laisser nos véhicules, nous les remettons dans le sens du retour pour faciliter notre départ en cas de fuite urgente.

Au bout d’un kilomètre environ, un chemin repart vers le nord, on l’emprunte en espérant prendre Edwards et ses sbires à revers mais on arrive seulement dans une clairière au centre de laquelle trône un monolithe et probablement une créature dans les arbres. Nous prenons nos jambes à notre cou vers le chemin principal en balbutiant quelques explications incohérentes aux policiers.

Une fois en vue de la rive, nous apercevons enfin la demeure. C’est une maison de chasse en pierre de deux étages qui siège lugubrement au bord du lac gelé. Deux voitures couvertes de neige sont garées non loin, elles n’ont pas dû bouger depuis plusieurs jours. Alors que nous avançons dans la brume qui s’épaissit, les profondeurs de l’Ecosse laissent soudain la place à une ville dont l’ambiance rappelle l’Italie du XVIIIème siècle. Au loin s’élève un gigantesque palais mais au sein de cette folie, le plus troublant reste la présence de deux soleils dans un ciel inhumain.

Ailleurs, perdus dans le temps et l’espace

Carcosa

Carcosa

Ce que je vais te raconter maintenant mon petit, je ne l’ai jamais vraiment raconté à personne et cela va te sembler tellement étrange que je peux te dire que même moi je doute encore de ce qui m’est arrivé. D’ailleurs, mes souvenirs sont flous et je ne garde de ma visite dans cette ville que les grandes lignes de nos mésaventures. Etait-ce Carcosa? Je me plais à le croire car malgré l’horreur que cela suggère, c’est toujours mieux que de ne pas mettre de nom sur l’endroit où nous étions…

Nos vêtements se sont transformés en habits d’époque, soie, rapière, arquebuse. Rien à voir avec nos atours modernes. Prétextant l’usage d’un gaz hallucinogène auprès des policiers, nous commençons notre progression dans cet endroit étrange.

Je crois que la première chose que nous avons fait, c’est regarder Olivenstein matérialiser une clé dans sa poche, comme s’il avait souhaité qu’elle apparaisse et paf, souhait exhaussé! Les rues étaient changeantes, instables mais surtout désertes. Tu imagines toi, Londres sans personne? Ca te foutrait pas la plus belle frousse de ta vie?

Toujours est-il que si Roby était bien là dedans, il devait être au palais. Je ne garde qu’un vague souvenir de nos déambulations dans les rues. Je me souviens avoir vu des morts, des pendus surtout, je me souviens qu’on nous a pourchassé parce que nous n’avions pas de masque, puis parce que nous en avions un. Plusieurs policiers sont morts dans ces rues ou étaient-ils déjà morts bien au chaud dans leurs lits?

Nos masques, nous les avons obtenu d’un vieil ami qui aimait écrire des poèmes, ça je m’en souviens bien, même si son visage s’estompe un peu plus chaque jour. Il nous a sûrement sauvé, enfin… si nous avons droit à une rédemption un jour. Il nous a guidé dans les ruelles de…

Ythil! Ah oui, Ythil, c’est le nom de cette belle cité sombre qui semble opposer deux factions. Les porteurs de masque sont contre l’Etranger qui est arrivé au palais avec Edwards. En tout cas tous présagent que le Roi ne va pas tarder à arriver car l’Etranger est son envoyé.

Roby, jusqu’alors introuvable, finit par apparaître dans une sorte de musée d’histoire où nous a mené notre ami. Nous tentons de lui expliquer la situation et il nous rétorque qu’Edwards fait une erreur en tentant de faire venir le Roi, ce n’est pas le Roi mais Hastur qui va arriver. Lui veut seulement rester en Ythil pour toujours et ce ne sera pas possible si Hastur vient.

Oh, je me souviens d’autre chose. Tu te souviens des deux soleils? Et bien malgré les heures passées à courir dans la cité, ils n’ont pas bougé d’un pouce. Tu m’entends? PAS UN POUCE!

Roby nous guide vers le palais mais ce dernier est bâti sur une lagune, le lac d’Hali. Nous montons sur des gondoles mais, au cours de notre traversée, nous voyons passer dans l’eau d’énormes créatures indescriptibles. Ca aussi je m’en souviens, de ces masses informes, stupides mais non moins menaçantes qui ont fait chavirer une de nos embarcations. Imagine toi dans ton pire cauchemar, de ceux où tu cherches à fuir sans y arriver, ça ne te donne qu’une petite idée de ce que j’ai ressenti.

L'arrivée d'Hastur

L’arrivée d’Hastur

Sur le rivage, des centaines de créatures volantes attendent notre arrivée, comme des vautours qui attendent que la bête finissent par crever pour l’écharper. Nombre d’entre elles volent sans cesse vers la terrasse du palais. Roby nous explique qu’Edwards invoque le Roi mais qu’Hastur ne le regardera même pas. Mais qui est donc ce satané Hastur! Encore le fruit de notre imagination? Une sombre puissance d’un ancien temps mentionné dans un vieux Codex miteux?

Nous entrons dans le palais, déterminés à mettre fin à cette folie. Je me rappelle le marbre, les jardins paradisiaques, les halls cyclopéens et les reliefs d’un festin digne des plus grands monarques. Mais dans ce rêve aux allures de cauchemar, il fallait bien affronter notre nemesis: Coombs se rue sur nous, venu de nulle part. Est-ce qu’il nous a attaqué avant ou après le palais? Je ne saurais dire, mais si c’était bien un rêve il avait toutes les allures du réel, surtout quand mes poings ont martelé son visage jusqu’à le transformer en une pulpe immonde de sang et d’os.

Nous arrivons enfin dans une immense salle de bal dans laquelle une troupe semble répéter sans cesse les scènes du Roi en Jaune. Sur les balcons, des milliers de ces byakhees observent silencieusement la représentation.

Sûre d’elle et après quelques instants d’observation, Asenath fait sonner la clochette qui l’a bien accompagnée dans cet autre monde. S’ensuit un chaos indescriptible. La clochette, au-delà de produire un tintement d’une pureté cristalline, libère une onde d’énergie sans commune mesure. Nous nous sommes tous retrouvés au sol et à moitié sourds, désorientés. Mais l’effet s’est avéré bien différent pour Edwards et je ne souhaite à aucun être humain, même au plus machiavélique, de connaître une fin pareille. Sa peau, sa chair, tout son être a commencé à se liquéfier, comme détaché de son squelette par le son de l’instrument.

C’est à cet instant que j’ai repris (ou perdu) mes esprits et que l’instinct de survie m’a poussé à courir de toutes les forces de mes jambes vieillissantes. Malheureusement pour nous, en sortant du palais, nous avons découvert que l’onde n’a pas eu pour seul effet de chasser les créatures et d’anéantir les espoirs d’Edwards car, au dessus du lac, une déchirure dans la réalité a laissé entrevoir cette chose impie dont avait parlé Roby. Je le vois parfois encore en rêve, cet oeil immense au dessus du lac, immense, démoniaque, indicible.

Je ne sais pas bien ce qui s’est passé, je me vois courir, courir encore, vers un jardin, une arche, un labyrinthe en forme de spirale, les créatures massacrant tous les humains passant à portée de griffe. La première chose qui me vient à l’esprit ensuite est le froid mordant, une spirale de galets et l’eau glaciale du Loch.

Plusieurs jours plus tard, j’ai repris conscience dans un hôpital d’Inverness. Mes compagnons à mes côtés. On nous a apparemment retrouvé errant dans les rues de Cannich deux jours après notre arrivée sur place. Le village a d’ailleurs connu douze morts inexpliquées semblables à celles de Springer Mounds. Asenath m’a ensuite expliqué qu’Alexander l’avait chargé de dire à Delia qu’il l’aimait et elle a ensuite déploré la perte de la clochette, sûrement égarée dans la fuite.

Mais bon, assez ressassé le passé et de toute manière je raconte mal. Je range mon saxophone et je rentre, c’est l’heure. Tu dois vraiment me prendre pour un fou mon petit ami mais tu sais, je t’aime bien et j’espère que tu ne me juges pas malgré tout. Ah, une dernière chose, j’apprécierais vraiment que tu me rendes la petite statuette que tu m’as volée un jour…

C'est l'entracte!

C’est l’entracte!

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